Nikon F90X : le reflex argentique expert qui n’a pas dit son dernier mot
Lancé en 1994, le Nikon F90X appartient à une génération de reflex argentiques qui a considérablement fait progresser la photographie autofocus. Situé au sommet de la gamme experte de Nikon avant l’arrivée du F100, il combine une construction sérieuse, une mesure de lumière sophistiquée pour son époque et des performances encore tout à fait convaincantes aujourd’hui.
Souvent éclipsé par le prestigieux F4, puis par les plus modernes F100 et F80, le F90X mérite pourtant qu’on s’y intéresse. Il ne possède pas toutes les raffinements de ses grands frères, mais il offre un excellent équilibre entre efficacité, simplicité relative et plaisir photographique. C’est un appareil conçu pour travailler, pas seulement pour impressionner dans une vitrine.
1. Esthétique de l’appareil
Le F90X adopte une esthétique typique des reflex experts des années 1990 : une silhouette anguleuse, une imposante cage de prisme, une finition noire et une profusion de commandes qui témoignent de sa vocation fonctionnelle. Rien n’est particulièrement ostentatoire. Son dessin privilégie la lisibilité et l’efficacité plutôt que le charme mécanique d’un ancien Nikon entièrement métallique.
La coque extérieure, associée à une structure interne robuste, donne une impression de sérieux. La monture métallique inspire confiance et la poignée caoutchoutée contribue à une présentation plus moderne que celle des reflex manuels classiques. Nikon a également renforcé l’étanchéité par rapport au F90 d’origine, sans pour autant faire du F90X un boîtier tropicalisé au sens des standards actuels.
Avec environ 154 × 106 × 71 mm et un poids de 755 g sans piles, il ne joue pas dans la catégorie des appareils compacts. Il reste néanmoins raisonnable pour un reflex autofocus expert équipé d’un moteur d’entraînement intégré.
Le résultat est un appareil qui assume pleinement son époque : un peu massif, assez discret dans sa livrée noire et résolument pratique. Il n’a peut-être pas la présence sculpturale d’un F4, mais il possède une personnalité sobre qui vieillit plutôt bien.
2. Ergonomie et prise en main
Le F90X a été pensé pour permettre au photographe de se concentrer sur son sujet sans devoir naviguer dans une architecture de menus complexe. Les principaux paramètres se règlent directement sur le boîtier, au moyen de boutons dédiés et d’une molette de commande. L’écran LCD supérieur affiche les informations essentielles : vitesse, ouverture, mode d’exposition, sensibilité, compensation et état de l’avancement du film.
La prise en main est stable, notamment grâce à la poignée prononcée. Le viseur à pentaprisme fixe offre une couverture d’environ 92 % du champ et un grossissement d’environ 0,78×. Il est lumineux et suffisamment confortable pour faciliter aussi bien le cadrage que la mise au point manuelle.
Les commandes sont logiques une fois leur fonctionnement assimilé, même si l’on peut regretter que certains réglages exigent de maintenir un bouton tout en tournant la molette. L’ergonomie n’est donc pas aussi immédiate que celle d’un appareil moderne doté de deux molettes dédiées, mais elle devient rapidement naturelle.
Le moteur intégré assure le chargement, l’avancement et le rembobinage du film. La cadence atteint environ 4,3 images par seconde en rafale rapide, une performance très respectable pour un appareil argentique de cette génération. L’obturateur électronique offre des vitesses de 30 secondes à 1/8 000 s, avec une synchronisation flash au 1/250 s.
Le F90X fonctionne avec quatre piles AA, faciles à trouver. C’est un avantage pratique par rapport à certains boîtiers qui réclament des batteries spécifiques. En contrepartie, le bruit de l’entraînement du film et le claquement du miroir rappellent que la discrétion acoustique n’était pas sa priorité.
Au quotidien, il se révèle donc fiable et efficace, à condition d’accepter un gabarit et une sonorité typiques des reflex motorisés des années 1990.
3. Mesure de la lumière
C’est l’un des points forts du F90X. Nikon lui a confié trois modes de mesure TTL : matricielle, pondérée centrale et spot. Cette polyvalence permet de couvrir aussi bien les situations courantes que les éclairages délicats ou les sujets fortement contrastés.
- Mesure matricielle : le boîtier analyse plusieurs zones de l’image afin de déterminer une exposition adaptée à la scène. Avec les objectifs compatibles transmettant la distance, la mesure matricielle 3D exploite également cette information.
- Mesure pondérée centrale : elle privilégie la zone centrale du cadrage. C’est un choix rassurant pour les portraits, les scènes classiques et les photographes qui aiment conserver une certaine maîtrise de l’exposition.
- Mesure spot : elle permet de mesurer une petite portion de la scène, utile pour exposer précisément un visage, un détail éclairé ou une zone dont on souhaite préserver les tonalités.
Le F90X propose les modes P, S, A et M : programme, priorité vitesse, priorité ouverture et exposition manuelle. Les programmes variables constituent un complément pour ceux qui souhaitent déléguer davantage de décisions au boîtier.
La mesure matricielle n’est évidemment pas infaillible. Comme sur les autres reflex de cette génération, les contre-jours et les scènes inhabituelles peuvent nécessiter une correction d’exposition ou le recours à la mesure spot. Mais l’ensemble demeure suffisamment complet pour travailler avec méthode, y compris en photographie argentique exigeante.
Le F90X se montre particulièrement intéressant avec les films négatifs couleur et noir et blanc, qui tolèrent souvent une certaine surexposition. Il ne dispense pas de réfléchir à son exposition, mais il fournit des outils fiables pour le faire.
4. Autofocus : efficace, mais d’une autre génération
Le F90X est équipé du module autofocus Nikon CAM 246, qui dispose d’une zone de détection sélectionnable entre une zone large et une zone spot. Il fonctionne en autofocus ponctuel (AF-S, appelé Single Servo chez Nikon) ou continu (AF-C, Continuous Servo), avec suivi automatique des sujets en mouvement.
Dans la pratique, l’autofocus est rapide et réactif pour un boîtier de 1994. Il convient très bien au reportage, à la photographie de rue, aux portraits pris sur le vif et à de nombreuses situations de sport amateur. Il se montre également assez performant en lumière faible, même si ses résultats dépendent naturellement du contraste du sujet et de la luminosité de l’objectif.
Il faut toutefois garder à l’esprit que le F90X ne possède pas les systèmes multizones sophistiqués des générations suivantes. Son autofocus repose sur une zone de détection limitée : il faut donc souvent placer le sujet sous le collimateur, effectuer la mise au point, puis recomposer si nécessaire. Les sujets imprévisibles ou les déplacements rapides et erratiques peuvent le mettre davantage en difficulté qu’un F100.
Ce n’est pas pour autant un autofocus poussif. Bien utilisé, il remplit parfaitement sa mission et permet de profiter de l’argentique sans devoir systématiquement faire le point manuellement.
Le boîtier propose également une assistance électronique à la mise au point manuelle avec les optiques compatibles. Pour ceux qui alternent entre objectifs autofocus et anciennes optiques manuelles, c’est un complément appréciable.
5. Compatibilité optique : un atout majeur du système Nikon F
La monture Nikon F constitue l’un des grands arguments du F90X. Elle donne accès à un vaste parc d’objectifs, anciens et modernes, mais il est important de distinguer la compatibilité mécanique de la compatibilité fonctionnelle.
Voici les principales familles d’optiques à connaître :
- Nikkor AF et AF-D : c’est le terrain de prédilection du F90X. L’autofocus fonctionne avec les objectifs dotés de leur propre motorisation mécanique compatible avec le boîtier. Les AF-D transmettent également la distance de mise au point, utile notamment pour la mesure matricielle 3D et le flash.
- Nikkor AI et AI-S à mise au point manuelle : ils peuvent être utilisés en mise au point manuelle, avec assistance électronique. La mesure est disponible en pondérée centrale et en spot, mais pas en matricielle. L’exposition se fait en priorité ouverture ou en mode manuel.
- Objectifs AF-S et AF-I : il faut vérifier chaque modèle. Le F90X n’assure pas la commande des moteurs intégrés des objectifs AF-S comme le feraient des boîtiers plus récents. Certains objectifs peuvent donc perdre l’autofocus.
- Objectifs G, sans bague de diaphragme : ils présentent une limitation importante. Ils peuvent être utilisables en modes P et S, mais l’ouverture reste contrainte par le réglage minimal lorsque le boîtier ne peut pas la commander comme une optique à bague. Les modes A et M deviennent alors peu pratiques, voire inutilisables pour un contrôle normal du diaphragme.
- Objectifs DX : ils sont conçus pour les petits capteurs numériques. Leur cercle d’image ne couvre pas nécessairement le format 24 × 36 mm ; le vignettage peut être important.
Ces restrictions sont détaillées dans la documentation et les tableaux de compatibilité Nikon.
Pour un photographe possédant déjà quelques objectifs AF ou AF-D, le F90X représente donc une porte d’entrée très intéressante dans l’argentique. Un 50 mm f/1,8 AF-D, par exemple, forme un ensemble simple, léger et très performant.
Il convient simplement de ne pas acheter une optique récente en supposant que toutes ses fonctions seront disponibles. Chez Nikon, la pérennité de la monture F ne signifie pas que chaque génération de boîtiers et d’objectifs communique parfaitement avec toutes les autres.
6. Le dos dateur : MF-25 ou MF-26 ?
Le F90X possède un dos standard interchangeable. Il peut notamment recevoir deux accessoires officiels qui étendent ses possibilités : le MF-25 World Time Data Back et le MF-26 Multi-Control Back.
Le MF-25 permet notamment d’enregistrer des informations de date et d’heure sur les photographies, ce qui peut être utile pour les archives personnelles, les voyages ou la documentation. Il s’adresse surtout à ceux qui souhaitent retrouver une trace chronologique de leurs images.
Le MF-26 va plus loin. Il remplace le dos classique par un accessoire multifonction qui ajoute des possibilités de programmation, dont le bracketing d’exposition, la séquence de prises de vues et différents modes d’enregistrement de données. Il intéressera davantage les photographes qui aiment exploiter les fonctions avancées du boîtier.
Ces accessoires sont aujourd’hui moins courants que le boîtier lui-même. Avant d’acheter un exemplaire d’occasion, il est donc préférable de vérifier le fonctionnement de l’écran, l’état des contacts et la disponibilité de sa pile.
Pour un usage courant, le dos standard suffit largement. Le dos dateur reste un petit plus sympathique, mais il ne constitue pas une raison indispensable de choisir un F90X plutôt qu’un autre.
7. Nikon F90X, F4, F80 ou F100 : lequel choisir ?
Ces quatre appareils appartiennent à des générations et à des catégories différentes. Le F90X se situe dans une position intermédiaire intéressante : plus moderne et plus rapide que les premiers reflex autofocus professionnels, mais moins évolué que les boîtiers de la fin des années 1990 et du début des années 2000.
Nikon F4
Le professionnel historique
Le F4 est plus imposant, plus lourd et plus ambitieux dans sa conception. Son viseur interchangeable, ses commandes et son système modulaire lui donnent une vraie dimension professionnelle. Il accepte aussi les objectifs à mise au point manuelle avec une prise en charge particulièrement intéressante selon l’optique et le viseur utilisés. En revanche, son autofocus est plus ancien et généralement moins réactif que celui du F90X. Le F4 séduira davantage les amateurs de construction professionnelle et de polyvalence mécanique.
Nikon F80
Le reflex amateur moderne
Arrivé en 2000, le F80 est plus léger, plus compact et plus récent dans sa conception. Son autofocus à cinq zones offre davantage de souplesse de cadrage, et son interface est plus proche de celle des reflex numériques Nikon ultérieurs. Il est néanmoins plus orienté grand public et moins massif dans sa construction. Son obturateur plafonne au 1/4 000 s, contre 1/8 000 s pour le F90X. Pour qui privilégie la légèreté et une interface plus moderne, le F80 est séduisant ; pour qui préfère une construction plus sérieuse et un fonctionnement direct, le F90X conserve de solides arguments.
Nikon F100
Le successeur plus abouti
Lancé à la fin des années 1990, le F100 reprend une partie de l’esprit du F90X en le modernisant sensiblement. Son autofocus multizone est nettement plus sophistiqué, sa mesure de lumière est plus évoluée et sa construction est adaptée à un usage expert intensif. Il constitue le meilleur choix des quatre pour l’action et les sujets mobiles, mais son prix d’occasion est souvent plus élevé. Le F90X conserve l’essentiel des fonctions utiles à de nombreux photographes, à un coût généralement bien inférieur.
En résumé, le F4 s’adresse à ceux qui recherchent un boîtier professionnel historique et modulaire, le F80 à ceux qui privilégient la légèreté et une ergonomie plus récente, et le F100 à ceux qui veulent pousser les performances autofocus et la sophistication générale. Le F90X, lui, constitue un compromis particulièrement pertinent entre ces différentes approches.
8. Principales caractéristiques techniques
| Caractéristique | Nikon F90X |
|---|---|
| Format | Film 24 × 36 mm, 135 |
| Monture | Nikon F |
| Période de fabrication | 1994–2000 environ |
| Autofocus | Nikon CAM 246, zone large ou spot |
| Modes de mise au point | AF ponctuel, AF continu, manuel avec assistance |
| Mesure de lumière | Matricielle, pondérée centrale, spot |
| Modes d’exposition | P, S, A, M |
| Vitesses d’obturation | 30 s à 1/8 000 s |
| Synchronisation flash | 1/250 s |
| Cadence maximale | Environ 4,3 images/s |
| Viseur | Pentaprisme, couverture d’environ 92 % |
| Alimentation | 4 piles AA |
| Dimensions | Environ 154 × 106 × 71 mm |
| Poids du boîtier nu | Environ 755 g |
| Dos interchangeables | Standard, MF-25, MF-26 |
Sources techniques : documentation Nikon et fiches de référence du F90X.
Conclusion : un excellent choix à petit prix
Le Nikon F90X est un reflex argentique qui mérite mieux que le statut de simple alternative bon marché au F100. Son autofocus reste efficace dans de nombreuses situations, sa mesure de lumière est complète, son obturateur rapide et son ergonomie bien pensée. Ajoutons une monture qui donne accès à un vaste choix d’objectifs et une alimentation par piles AA : voilà un appareil qui demeure parfaitement utilisable pour photographier sérieusement aujourd’hui.
Certes, il n’a ni la sophistication autofocus du F100, ni le caractère professionnel modulaire du F4, ni la légèreté du F80. Son moteur est audible, son autofocus repose sur une zone limitée et sa compatibilité avec les optiques les plus récentes demande quelques précautions. Mais ces réserves sont raisonnables au regard de ses qualités.
Il faut surtout le considérer pour ce qu’il est : un reflex expert bien équipé, capable de produire d’excellentes photographies sans exiger un budget important. Il permet de profiter pleinement du système Nikon F et de retrouver le plaisir d’un appareil argentique autofocus sans payer le prix des modèles les plus recherchés.
À moins de 100 €, le Nikon F90X est une très bonne affaire. À condition de choisir un exemplaire en bon état, de vérifier l’autofocus, l’obturateur, l’écran LCD et l’absence de corrosion dans le compartiment des piles, il représente l’un des achats les plus intéressants pour découvrir ou redécouvrir le reflex argentique Nikon.